Droit des successions
Succession internationale en Turquie : biens dans plusieurs pays
Publié le 6 juillet 2026·6 min de lecture
Me. Mona Hukuk Editorial Team - Antalya · Barreau d'Antalya
Lorsqu'une personne décède en laissant un appartement à Antalya et des biens en France, en Belgique ou dans un autre pays, la succession déborde immédiatement les frontières d'un seul système juridique. Quelle loi régit l'immeuble turc ? Un acte de notoriété français suffit-il pour clôturer un compte bancaire en Turquie ? Un testament turc couvre-t-il les biens à l'étranger ? Ces questions reviennent régulièrement pour les ressortissants étrangers — et pour les citoyens turcs qui ont constitué un patrimoine hors du pays. La loi turque de droit international privé (Milletlerarası Özel Hukuk ve Usul Hukuku Hakkında Kanun — MÖHUK, loi n° 5718) y répond avec précision, et la comprendre à l'avance épargne aux familles des mois de démarches inutiles.
Le principe de scission : deux lois, une succession
L'article 20 de la MÖHUK pose la règle de départ : la succession est régie par la loi nationale du défunt — celle du pays dont il avait la nationalité au moment du décès. Un ressortissant français décédé avec des biens en Turquie et en France verra sa succession appréciée principalement sous l'angle du droit français.
Il existe cependant une exception impérative : les immeubles situés en Turquie sont toujours soumis au droit turc, quelle que soit la nationalité du défunt. La Cour de cassation turque (Yargıtay) a confirmé cette règle à de nombreuses reprises ; elle s'applique aux appartements, terrains et locaux commerciaux dans tout le pays, sans dérogation possible.
Conséquence pratique : la succession se divise dès l'instant du décès. Les immeubles turcs forment un compartiment autonome régi par le Code civil turc ; les biens meubles — comptes bancaires, valeurs mobilières, véhicules, effets personnels — forment un second compartiment régi par la loi nationale du défunt.
Les immeubles en Turquie : ce que le droit turc impose en pratique
Lorsque le droit turc s'applique à un immeuble, les héritiers doivent respecter les règles successorales turques pour transférer la propriété :
- Les héritiers légaux sont ceux que désigne le Code civil turc (Türk Medeni Kanunu) : conjoint, enfants, parents et fratrie, dans l'ordre légal établi.
- La réserve héréditaire (saklı pay) protège les proches. Même si un testament tente de les exclure, le droit turc leur garantit une part minimale de l'immeuble turc.
- L'acte de notoriété turc (veraset ilamı) délivré par un tribunal turc est le document qui permet l'inscription de la transmission au registre foncier (tapu).
Un point souvent négligé par les héritiers étrangers : même si un tribunal étranger a déjà statué sur la totalité de la succession, une procédure judiciaire turque distincte demeure obligatoire pour transférer les immeubles turcs. Une décision d'un juge étranger ne met pas à jour automatiquement le registre foncier turc.
Les biens meubles et la loi nationale du défunt
Pour les biens meubles, l'article 20 de la MÖHUK renvoie à la loi nationale du défunt. L'alinéa 2 du même article précise que les causes d'ouverture de la succession, son acquisition et son partage sont régis par la loi du pays où se trouvent ces biens.
En pratique, une banque turque exigera des justificatifs conformes aux normes procédurales turques, même si les droits successoraux sont déterminés par une loi étrangère. Les héritiers doivent souvent satisfaire simultanément aux exigences de deux ordres juridiques : la loi nationale étrangère (pour établir la qualité d'héritier) et le droit procédural turc (pour exécuter le transfert en Turquie).
Obtenir un acte de notoriété turc
L'article 43 de la MÖHUK fixe la compétence judiciaire en matière successorale. Si le défunt avait son dernier domicile en Turquie, c'est le tribunal de ce lieu qui est compétent. S'il résidait à l'étranger, le tribunal du lieu de situation des biens turcs prend le relais.
Les tribunaux turcs délivrent régulièrement des actes de notoriété pour des ressortissants étrangers, en appliquant la loi nationale pertinente pour les meubles et le droit turc pour les immeubles. Un document successoral étranger apostillé peut accélérer la procédure, les tribunaux turcs en tenant compte. Pour une présentation détaillée de la démarche, consultez notre guide sur l'acte de notoriété pour les héritiers étrangers en Turquie. Le cadre juridique applicable aux étrangers propriétaires et à l'héritage de biens turcs est abordé dans notre article sur les étrangers, les biens immobiliers et le droit successoral turc.
Reconnaissance d'une décision étrangère (tanıma) en Turquie
Si un tribunal d'un autre pays — un tribunal des successions allemand, un juge de paix notarial français, un tribunal britannique — a déjà statué sur la succession, cette décision ne peut pas être directement appliquée en Turquie. Il faut engager devant un tribunal turc une procédure de reconnaissance (tanıma) ou d'exécution (tenfiz) conformément aux articles 50 à 59 de la MÖHUK.
Le tribunal turc vérifie que la décision étrangère est définitive, que le tribunal d'origine était compétent, que les parties ont été régulièrement citées et que la décision ne contredit pas l'ordre public turc (kamu düzeni). Si ces conditions sont réunies, la décision est reconnue et peut être invoquée dans les procédures turques. En matière successorale, la reconnaissance est souvent suivie d'une demande séparée de veraset ilamı, car le service du registre foncier exige un document turc pour tout changement de propriétaire. Sur les obligations fiscales résultant d'une succession, voyez notre présentation de l'impôt sur les successions en Turquie.
Questions fréquentes
Q : Un acte de notoriété étranger apostillé suffit-il pour inscrire un appartement turc à son nom ?
Non — pas directement. Même muni d'un apostille, un document successoral étranger ne modifie pas le registre foncier turc de lui-même. Il faut impérativement obtenir un veraset ilamı auprès d'un tribunal turc. Ce document étranger peut toutefois être produit comme pièce justificative dans la procédure turque et, en pratique, en raccourcit souvent la durée.
Q : Que se passe-t-il si le testament attribue tout à un seul héritier mais que la loi nationale du défunt prévoit une réserve ?
Pour les immeubles turcs, seul le droit turc s'applique : les règles relatives à la réserve héréditaire (saklı pay) jouent indépendamment du testament et du droit étranger. Pour les biens situés à l'étranger, les règles de réserve de ce pays (s'il en prévoit) sont déterminantes. Il peut en résulter que différents héritiers l'emportent dans différents pays sur différentes parties du même patrimoine.
Q : Combien de temps dure la procédure successorale turque en l'absence de litige ?
Avec un dossier complet et sans contestation entre héritiers, la procédure se clôture généralement en trois à six mois. Lorsqu'une décision étrangère doit d'abord être reconnue, ou qu'il existe un litige successoral, les délais peuvent s'allonger considérablement.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Notre équipe basée à Antalya traite régulièrement des successions internationales pour des ressortissants étrangers et des citoyens turcs dont le patrimoine est réparti sur plusieurs pays. Nous déterminons la loi applicable à chaque actif, préparons et déposons les requêtes devant les tribunaux turcs, coordonnons avec le service du registre foncier et nous concertons avec des confrères étrangers chaque fois que cela est utile.
Contactez-nous à contact@monahukuk.com ou appelez le +90 (242) 606 14 32 pour prendre rendez-vous à Antalya.
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