Droit pénal
Trafic de migrants et traite des êtres humains en droit turc : la distinction et les droits des victimes
Publié le 13 juillet 2026·6 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
Dans le langage courant, le trafic de migrants et la traite des êtres humains sont souvent employés indifféremment, mais le Code pénal turc les traite comme deux infractions distinctes. Cette distinction n'est pas seulement théorique : elle détermine si un étranger sera considéré comme un suspect ou comme une victime ayant droit à une protection. Les personnes ayant franchi une frontière de manière irrégulière sont particulièrement exposées au risque d'être accusées à tort de trafic alors qu'elles sont, en réalité, victimes de traite. Cet article examine les deux infractions à la lumière des articles 79 et 80 du Code pénal turc (loi n° 5237), leurs peines et les droits reconnus aux victimes.
Qu'est-ce que le trafic de migrants ? (art. 79 CP)
Selon l'article 79 du Code pénal turc, le trafic de migrants consiste, dans le but d'obtenir un avantage matériel direct ou indirect, à faire entrer un étranger dans le pays par des moyens illégaux, à lui permettre d'y séjourner, ou à permettre à un citoyen turc ou à un étranger de quitter le pays. L'élément déterminant est le mobile lucratif ; l'infraction n'est pas commise contre la personne déplacée, mais contre l'ordre migratoire et le régime frontalier de l'État.
Dans le trafic, le migrant recourt en règle générale à ce service de son plein gré et il est la partie qui paie le passeur. La peine est de cinq à huit ans d'emprisonnement, assortie d'une amende judiciaire de mille à dix mille jours. L'infraction est punie comme consommée même si elle reste au stade de la tentative. La peine est aggravée lorsque l'acte met en danger la vie des victimes ou est commis au moyen d'un traitement dégradant ; sa commission par plusieurs personnes ou dans le cadre de l'activité d'une organisation constitue également une circonstance aggravante.
Qu'est-ce que la traite des êtres humains ? (art. 80 CP)
La traite des êtres humains est traitée à l'article 80 comme une infraction bien plus grave. Son cœur est l'exploitation : travail forcé, servitude, prostitution, esclavage ou prélèvement d'organes. À ces fins, l'auteur obtient le consentement de la victime par la menace, la pression, la contrainte ou la violence, l'abus d'influence, la tromperie, ou en exploitant la détresse de la personne, puis la fait entrer dans le pays ou l'en fait sortir, la recrute, l'enlève, la transporte ou l'héberge.
Dans cette infraction, le consentement de la victime est juridiquement nul : le deuxième alinéa énonce clairement que, lorsque les actes constitutifs de l'infraction sont réunis, le consentement donné par la victime ne produit aucun effet juridique. À l'égard des enfants de moins de dix-huit ans, l'infraction est constituée même si aucun des moyens de contrainte ou de tromperie n'a été employé. La peine est de huit à douze ans d'emprisonnement, assortie d'une amende judiciaire pouvant atteindre dix mille jours.
La ligne décisive entre les deux infractions
La différence essentielle tient au consentement et à l'exploitation. Dans le trafic, une personne achète volontairement un service pour franchir une frontière, et la relation prend généralement fin une fois celle-ci franchie. Dans la traite, la finalité d'exploitation prime, le consentement est vicié par la force ou la tromperie, et le contrôle sur la victime se poursuit au lieu de destination.
Cette distinction est vitale pour les étrangers. Une personne introduite à des fins d'exploitation peut, au premier abord, apparaître comme un auteur, parce qu'elle a franchi la frontière illégalement ou détenait de faux documents. En réalité, cette personne est une victime de traite, une partie qu'il convient de protéger et non de poursuivre. Une qualification correcte dès le tout début de la procédure décide de la différence entre punir quelqu'un et le protéger.
Protection et soutien offerts aux victimes
Le droit turc reconnaît aux victimes de traite un statut particulier. En vertu de l'article 48 de la loi sur les étrangers et la protection internationale (loi n° 6458), les étrangers qui sont victimes de traite ou fortement soupçonnés de l'être se voient accorder par les préfectures un permis de séjour de trente jours, sans que soient exigées les conditions prévues pour les autres permis de séjour. L'objectif est d'accorder une période de rétablissement et de réflexion afin que la victime puisse se libérer des effets de ce qu'elle a vécu et décider si elle coopérera avec les autorités. Selon l'article 49, ce permis peut être prolongé par périodes de six mois, sans que le total puisse dépasser trois ans.
Le droit turc consacre en outre le principe de non-sanction issu des conventions internationales : une personne ne doit pas être tenue responsable des actes qu'elle a été contrainte de commettre en conséquence directe du fait d'avoir été victime de traite (par exemple, l'entrée irrégulière ou le travail sans autorisation). En droit interne, cette protection est renforcée par les causes excluant la culpabilité, telles que la contrainte et l'état de nécessité de l'article 25 du CP. Pour que les victimes puissent demander de l'aide en toute sécurité, la ligne YİMER 157, gérée par la Présidence de la gestion des migrations, offre un soutien multilingue vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Foire aux questions
Celui qui paie un passeur est-il aussi un délinquant ? L'auteur du trafic de migrants est celui qui fournit le service de passage contre un avantage matériel. Le migrant qui recourt au service est victime de cette infraction, même s'il peut faire l'objet de sanctions administratives ou d'un éloignement en raison d'autres actes.
Une personne qui affirme être victime de traite est-elle immédiatement expulsée ? Non. En cas de forte suspicion, un permis de séjour accordant une période de rétablissement et de réflexion s'applique d'abord ; pendant ce temps, la situation de la personne est évaluée et aucune expulsion immédiate n'est exécutée.
Une personne venue volontairement peut-elle tout de même être victime de traite ? Oui. Si le consentement a été obtenu par la menace, la contrainte, la tromperie ou l'exploitation de la détresse, il est juridiquement nul. Pour les mineurs de dix-huit ans, l'infraction existe même sans emploi de moyens de contrainte.
Une infraction peut-elle se muer en l'autre ? Un fait qui ressemble d'abord à du trafic peut être requalifié en traite dès qu'un élément d'exploitation apparaît au cours de l'enquête. C'est pourquoi une qualification juridique précoce et exacte des faits est déterminante.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Les accusations de trafic de migrants et de traite des êtres humains se situent sur une ligne ténue entre peines sévères et protection de la victime, et la qualification juridique correcte décide souvent du sort de la défense. Chez Mona Hukuk, nous soutenons les étrangers confrontés à de telles accusations ainsi que les personnes en situation de victime, pour la défense dans la procédure pénale, les demandes de permis de séjour et la protection des droits des victimes.
Pour une consultation à Antalya, vous pouvez écrire à contact@monahukuk.com ou appeler le +90 (242) 606 14 32.
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