Droit de la famille
Partage des biens lors du divorce de conjoints étrangers en Turquie
Publié le 28 avril 2026·5 min de lecture
Me Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
Lors d'un divorce, le partage des biens préoccupe souvent les époux autant — sinon plus — que les autres aspects juridiques de la séparation. Lorsque des conjoints étrangers divorcent en Turquie, le droit turc ne suffit pas à lui seul à trancher toutes les questions : la nationalité des époux, le lieu de célébration du mariage et le pays où se trouvent les biens entrent également en ligne de compte. Notre cabinet traite régulièrement des dossiers de divorce international à Antalya, y compris dans leur dimension patrimoniale, et ce guide en présente les principaux enjeux.
Les régimes matrimoniaux en droit turc
En droit turc, le régime matrimonial légal — applicable en l'absence de contrat entre les époux — est la participation aux acquêts (edinilmiş mallara katılma). Les époux peuvent toutefois choisir un autre régime, avant ou pendant le mariage, par acte notarié. Les régimes disponibles sont :
- La participation aux acquêts (régime légal),
- La séparation de biens (mal ayrılığı),
- La séparation de biens avec partage (paylaşmalı mal ayrılığı),
- La communauté de biens (mal ortaklığı).
En l'absence de contrat, c'est le régime de la participation aux acquêts qui s'applique.
Le régime de la participation aux acquêts
Dans ce régime, on distingue deux catégories de biens.
Les acquêts (edinilmiş mallar) : biens acquis par un époux pendant le mariage grâce à son travail ou aux revenus générés, notamment le salaire, les loyers, les prestations sociales ou les indemnités compensant une perte de capacité de gain.
Les biens propres (kişisel mallar) : biens possédés avant le mariage, biens reçus par donation ou succession pendant l'union, effets personnels, indemnités morales, et valeurs subrogées à des biens propres.
Au moment du divorce, seule la moitié des acquêts est partagée. Les biens propres restent hors du partage.
Biens acquis en Turquie par des conjoints étrangers
À Antalya, l'immeuble acquis par l'un ou les deux époux étrangers est l'objet le plus fréquent du partage. Plusieurs situations se présentent.
Situation 1 : Bien inscrit au titre de propriété (tapu) au nom d'un seul époux
Si un bien immobilier a été acquis pendant le mariage au nom d'un seul des conjoints, il constitue un acquêt. L'autre époux dispose alors d'une créance de participation : sans être copropriétaire, il a droit à la moitié de la valeur du bien.
Situation 2 : Bien inscrit au nom des deux époux
Lorsque les deux époux figurent conjointement sur le titre de propriété, le partage est plus direct : chacun détient sa quote-part.
Situation 3 : Patrimoine situé à l'étranger
L'un des époux peut posséder des biens dans son pays d'origine ou dans un État tiers. En principe, le tribunal turc ne statue que sur les biens relevant de sa compétence territoriale ; pour les biens à l'étranger, le concours d'une juridiction étrangère peut être nécessaire. Si une décision de partage est rendue à l'étranger, elle devra faire l'objet d'une procédure de reconnaissance et d'exequatur (tanıma/tenfiz) pour produire ses effets en Turquie.
Droit applicable au régime matrimonial
La loi applicable au régime matrimonial des époux étrangers est déterminée par les règles de droit international privé turc. La règle générale est la suivante :
- En premier lieu, le droit de la nationalité commune des époux,
- À défaut, le droit de leur résidence habituelle commune,
- À défaut encore, le droit turc.
Pour des époux étrangers qui vivent à Antalya depuis plusieurs années et y ont acquis une résidence commune, l'application du droit turc est très probable.
Contrat de mariage
Les époux peuvent convenir d'un autre régime matrimonial par un contrat de mariage conclu avant ou pendant l'union. Ce contrat doit être établi par acte notarié, et le consentement libre des deux parties est indispensable. Si le patrimoine de l'un des époux est manifestement disproportionné par rapport à celui de l'autre, le contrat peut être soumis à un contrôle judiciaire.
Important : un contrat prénuptial (prenup) conclu dans un pays étranger ne s'applique pas automatiquement en droit turc ; son sort doit être examiné au cas par cas dans le cadre juridique turc.
Risque de dissipation du patrimoine avant le divorce
Une crainte fréquente est qu'un époux transfère des biens à des tiers en cours de procédure. Plusieurs mesures de protection existent :
- Ordonnance provisoire (tedbir kararı) : demander au tribunal de geler les biens immobiliers par une mesure conservatoire,
- Révocation d'actes frauduleux : si un transfert de mauvaise foi est établi, son annulation peut être demandée.
Dès que le risque de dissipation apparaît, il est conseillé de demander ces mesures dès l'introduction de la procédure en divorce.
Créance pour contribution
Indépendamment de la créance de participation, un époux qui a contribué aux biens propres de l'autre (par exemple en finançant la rénovation d'un bien que l'autre possédait avant le mariage) peut revendiquer une créance pour contribution (katkı payı alacağı). Ce calcul est distinct et nécessite une expertise séparée.
Protection du logement familial
En droit turc, le logement servant de résidence principale à la famille ne peut être vendu ni hypothéqué sans le consentement de l'époux qui n'en est pas propriétaire. Cette protection peut être renforcée en faisant inscrire une mention de logement familial (aile konutu şerhi) sur le titre de propriété. Tout acte accompli sans ce consentement peut être annulé. À Antalya, de nombreux époux étrangers recourent à cette inscription pour sécuriser leur droit au logement pendant la procédure.
Administration de la preuve
La charge de la preuve incombe à celui qui allègue un fait :
- L'époux qui prétend qu'un bien est un acquêt doit le prouver,
- Celui qui revendique la qualification de bien propre doit également en apporter la preuve.
Les relevés bancaires, actes de propriété, contrats de vente et documents successoraux constituent les principales pièces probantes.
Présomption : sauf preuve contraire, tout bien acquis pendant le mariage est présumé être un acquêt.
Assistance juridique
Le cabinet MONA HUKUK, à Antalya, prend en charge l'intégralité des procédures de partage de biens dans les divorces impliquant des époux étrangers : mesures conservatoires, liquidation du régime matrimonial, créances pour contribution, et procédures de reconnaissance et d'exequatur. Notre équipe, rompue aux dossiers internationaux, est à vos côtés à chaque étape.
Pour toute consultation, écrivez-nous à info@monahukuk.com.
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