Droit du travail
Allégations de Harcèlement Sexuel au Travail et Responsabilité de l'Employeur en Turquie
Publié le 13 juillet 2026·7 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
Le harcèlement sexuel sur le lieu de travail est une atteinte grave qui porte profondément préjudice à la dignité du salarié, à son sentiment de sécurité et à sa relation de travail. Le droit turc appréhende ce comportement à la fois sur le plan pénal et sur le plan du droit du travail, et il impose à l'employeur non seulement de s'abstenir de tout harcèlement, mais aussi de prévenir le harcèlement dans l'entreprise et d'agir dès qu'il en est informé. Ce guide expose, sur un ton mesuré, le fondement juridique de telles allégations, l'étendue de la responsabilité de l'employeur et les voies qu'un salarié concerné — en particulier un salarié étranger — peut emprunter en toute sécurité.
Le cadre juridique : la dimension pénale
Le harcèlement sexuel constitue une infraction autonome à l'article 105 du Code pénal turc (TCK, loi n° 5237). Selon cet article, quiconque harcèle sexuellement autrui est puni, sur plainte de la victime, d'un emprisonnement de trois mois à deux ans ou d'une amende judiciaire. L'infraction n'exige pas de contact physique ; elle recouvre les comportements à caractère sexuel tels que paroles, insinuations et messages insistants sans contact corporel. Les actes impliquant un contact corporel relèvent, eux, de l'infraction plus grave d'agression sexuelle (art. 102 du TCK).
La loi prévoit une circonstance aggravante propre au contexte professionnel : lorsque l'infraction est commise en profitant de la facilité qu'offre le fait de travailler dans le même établissement (art. 105/2-c), la peine est augmentée de moitié. En outre, si la victime a été contrainte de quitter son emploi en raison de cet acte, la peine ne peut être inférieure à un an. Cette disposition traduit le souci particulier du législateur de protéger les rapports de pouvoir et de proximité qui existent sur le lieu de travail.
Article 24 du Code du travail : rupture pour juste motif et indemnité d'ancienneté
La dimension travailliste du harcèlement sexuel opère indépendamment du processus pénal. L'article 24 du Code du travail (loi n° 4857) confère au salarié le droit de rompre le contrat de travail immédiatement et pour juste motif dans certains cas. Deux alinéas concernent directement le harcèlement sexuel :
- Article 24/II-b : lorsque l'employeur harcèle lui-même sexuellement le salarié, celui-ci peut rompre le contrat pour juste motif.
- Article 24/II-d : lorsque le salarié subit un harcèlement sexuel sur le lieu de travail de la part d'un autre salarié ou d'un tiers et que les mesures nécessaires ne sont pas prises malgré le signalement fait à l'employeur, le salarié peut rompre le contrat pour juste motif.
Le point essentiel est le suivant : bien que le salarié paraisse partir de son propre gré, il s'agit d'une rupture pour juste motif, et le salarié acquiert un droit à l'indemnité d'ancienneté (kıdem tazminatı). Contrairement à une démission ordinaire, le droit à l'indemnité n'est pas perdu. Le droit de rompre est toutefois enfermé dans un délai : conformément à l'article 26 du Code, il doit être exercé dans les six jours ouvrables suivant la connaissance des faits et, en tout état de cause, dans un délai d'un an à compter de l'acte.
Le devoir de l'employeur d'enquêter et d'agir
La responsabilité de l'employeur ne se limite pas à son propre comportement. L'article 417 du Code des obligations turc (loi n° 6098) oblige expressément l'employeur à protéger la personnalité du salarié et à maintenir un ordre conforme aux principes de la bonne foi, et en particulier à prendre les mesures nécessaires pour que les salariés ne subissent pas de harcèlement sexuel et pour que ceux qui en ont été victimes ne subissent pas de préjudice supplémentaire. Le même article soumet la réparation des dommages résultant d'un manquement à ces devoirs aux règles de la responsabilité contractuelle, un cadre qui tend à favoriser le salarié sur les questions de preuve.
En pratique, cela signifie que l'employeur ne peut rester passif dès lors qu'un signalement de harcèlement lui parvient. Il est attendu de lui qu'il prenne le signalement au sérieux, mène une enquête interne impartiale, prenne des mesures de protection en faveur de la personne concernée (par exemple séparer les parties) et agisse selon le résultat. L'absence de ces démarches ouvre à la fois le droit du salarié à la rupture pour juste motif au titre de l'art. 24/II-d et expose l'employeur à une responsabilité en réparation.
Les voies de recours ouvertes au salarié concerné
Un salarié victime de harcèlement sexuel dispose de plusieurs voies indépendantes :
- Plainte pénale : une plainte peut être déposée auprès du parquet. L'infraction de l'art. 105 du TCK est subordonnée à une plainte, de sorte que le délai de plainte doit être respecté.
- Action en réparation du préjudice matériel et moral : une indemnisation peut être demandée à l'auteur et — s'il a manqué à son devoir de protection — à l'employeur, au titre de l'atteinte aux droits de la personnalité.
- Rupture pour juste motif et indemnité d'ancienneté : le contrat peut être rompu au titre de l'art. 24, avec une demande d'indemnité d'ancienneté.
- Action en réintégration : lorsque le salarié a été contraint de démissionner ou a été licencié en raison du harcèlement, une action en réintégration peut être envisagée sur le fondement des dispositions de garantie de l'emploi.
Un guide pratique et sûr pour les salariés étrangers
Les salariés étrangers peuvent être davantage enclins à garder le silence en raison de la barrière de la langue, d'une connaissance incomplète de leurs droits et de l'inquiétude relative à leur permis de travail. Il importe donc de souligner quelques points pratiques :
- Documentez chaque incident : consignez par écrit chaque incident avec la date, l'heure, le lieu et, le cas échéant, les témoins. Conservez messages, courriels et captures d'écran.
- Signalez par écrit : transmettez tout signalement à l'employeur ou aux ressources humaines par un canal traçable tel que le courriel ; cela est précieux pour prouver ultérieurement que le signalement a bien été effectué.
- Distinguez la question du permis de travail : signaler un harcèlement ou exercer le droit de rupture pour juste motif ne met pas fin de lui-même au permis de travail ; ce sont des procédures juridiques distinctes.
- Cherchez un soutien sûr : vous n'êtes pas tenu de mener seul la procédure. Le soutien d'un interprète et l'intervention précoce d'un avocat sont déterminants tant pour recueillir correctement les preuves que pour ne pas laisser expirer les délais.
Questions fréquentes
J'ai signalé le harcèlement à mon employeur mais aucune mesure n'a été prise ; si je démissionne, puis-je tout de même percevoir l'indemnité d'ancienneté ? Oui. L'art. 24/II-d du Code du travail y voit un juste motif, et le droit à l'indemnité d'ancienneté naît. Il importe toutefois de prouver le signalement et l'inaction de l'employeur, et de respecter le délai de six jours ouvrables.
Le harcèlement sexuel peut-il exister sans aucun contact physique ? Oui. L'infraction de l'art. 105 du TCK n'exige pas de contact physique ; des paroles, des messages insistants ou d'autres comportements à caractère sexuel suffisent. Les actes impliquant un contact corporel relèvent de l'infraction plus grave d'agression sexuelle.
Une procédure pénale et une action en réparation peuvent-elles être menées en même temps ? Oui. Le processus pénal et le processus civil (en réparation) sont indépendants l'un de l'autre et peuvent être conduits simultanément.
Je suis ressortissant étranger ; mon permis de travail sera-t-il annulé si je porte plainte ? Non. Le dépôt d'une plainte pour harcèlement n'entraîne pas directement une expulsion ni l'annulation du permis. La situation du permis de travail est une question distincte et, en cas d'inquiétude, il est conseillé d'obtenir un soutien juridique.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Les affaires de harcèlement sexuel au travail exigent à la fois de la sensibilité et une stratégie juridique rigoureuse. Chez Mona Hukuk, nous accompagnons les salariés concernés dans la collecte correcte des preuves, la protection des droits soumis à délai et dans les procédures de plainte pénale, de réparation et de rupture pour juste motif ; et nous accompagnons les employeurs dans la conduite d'enquêtes internes, l'élaboration de politiques préventives et la défense en justice. À chaque étape, nous abordons les salariés étrangers avec une sensibilité linguistique et culturelle.
Pour une consultation à Antalya, vous pouvez écrire à contact@monahukuk.com ou appeler le +90 (242) 606 14 32.
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