Droit pénal
La Médiation Pénale (Uzlaştırma) en Turquie : Guide pour les Étrangers
Publié le 13 juillet 2026·6 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
En Turquie, l'enquête pénale sur certaines infractions peut prendre fin avant même d'atteindre une salle d'audience. La médiation pénale (uzlaştırma), régie par les articles 253 à 255 du Code de procédure pénale turc (loi n° 5271, « CPP »), est un mode alternatif de règlement : lorsque le suspect et la victime parviennent à un accord par l'intermédiaire d'un médiateur désigné, l'affaire est classée. Comprendre son champ d'application et ses effets peut être la clé pour échapper à une procédure longue et éprouvante — en particulier pour les ressortissants étrangers confrontés de manière inattendue à un dossier pénal en Turquie.
Quelles infractions relèvent de la médiation ?
L'art. 253 du CPP dresse un catalogue exprès des infractions relevant de la médiation. Une tentative de conciliation doit être engagée, principalement, dans les cas suivants :
- Les infractions dont l'enquête et la poursuite dépendent d'une plainte de la victime.
- Indépendamment de l'exigence d'une plainte, certaines infractions énumérées au Code pénal turc (CP) : blessures volontaires (art. 86, 88), blessures par imprudence (art. 89), menace (art. 106/1), violation de l'inviolabilité du domicile (art. 116), atteinte à la liberté du travail (art. 117/1), vol (art. 141), abus de confiance (art. 155), escroquerie (art. 157), acquisition ou recel du produit de l'infraction (art. 165) et enlèvement d'enfant (art. 234).
En revanche, la loi exclut certaines infractions. Aux termes de l'art. 253/3 du CPP, la médiation n'est pas admise pour les infractions contre l'intégrité sexuelle, pour le délit de harcèlement obsessionnel (art. 123/A du CP), ni pour le délit de diffamation (art. 125 du CP), même lorsqu'elles dépendent d'une plainte. Elle n'est pas non plus recevable lorsque la victime est la collectivité (par exemple, les infractions contre l'État).
Comment se déroule la procédure de médiation ?
Lorsque l'infraction faisant l'objet de l'enquête relève de la médiation et qu'il existe des soupçons suffisants pour engager l'action publique, le dossier est transmis au bureau de médiation du parquet général (art. 253/4 du CPP). La procédure se déroule en plusieurs étapes :
- Désignation d'un médiateur : le bureau désigne un médiateur — un diplômé d'une faculté de droit inscrit sur les listes tenues par le ministère de la Justice.
- Offre de conciliation : le médiateur formule une offre au suspect et à la victime et expose les conséquences juridiques de son acceptation ou de son refus. La partie qui ne répond pas dans un délai de sept jours à compter de la notification est réputée avoir rejeté l'offre.
- Négociations : en cas d'acceptation, le médiateur convie les parties à des négociations confidentielles. Les propos tenus lors de celles-ci ne peuvent être utilisés ultérieurement comme preuve (art. 253/20).
- Rapport : le médiateur, en règle générale, clôt la procédure dans les trente jours et établit un rapport. Si la conciliation aboutit, un accord écrit portant la signature des parties et énonçant ses termes est rédigé.
Que se passe-t-il en cas de conciliation réussie ?
Une conciliation réussie clôt de fait le dossier pénal. Au stade de l'enquête, si le suspect exécute immédiatement la prestation convenue (par exemple indemniser le préjudice ou présenter des excuses), une décision de non-lieu est rendue (art. 253/19 du CPP). Si l'exécution est différée ou échelonnée, l'ouverture de l'action publique est ajournée.
Si la conciliation intervient après que l'affaire est parvenue devant le tribunal, l'art. 254 du CPP prévoit que — le prévenu exécutant immédiatement la prestation convenue — le tribunal prononce l'extinction de l'action. Dans les deux cas, aucune condamnation n'étant prononcée, aucune mention n'est portée au casier judiciaire. Lorsque l'infraction implique plusieurs auteurs, l'art. 255 du CPP dispose que seul celui qui se concilie effectivement bénéficie de la conciliation.
Et si la conciliation échoue ?
Si la tentative de médiation échoue, la procédure reprend son cours ordinaire. Le procureur achève l'enquête et, en présence de soupçons suffisants, dresse un acte d'accusation et engage l'action publique ; le dossier déjà porté devant le tribunal reprend simplement là où il s'était arrêté (art. 254/2 du CPP). Le refus de la conciliation ne constitue pas une preuve contre le prévenu et n'affaiblit en rien la défense. Toutefois, la loi interdit de tenter une seconde médiation dans le même dossier (art. 253/18).
Pourquoi la médiation compte pour les étrangers
Pour les étrangers résidant ou séjournant en Turquie, la médiation revêt une importance particulière. Dans les infractions relevant de la médiation — blessures par imprudence lors d'un accident de la route, blessure légère au cours d'une altercation ou menace — la procédure peut ramener à quelques semaines un procès qui s'étalerait sur des mois. Comme une conciliation réussie n'entraîne aucune condamnation, elle ne laisse pas non plus de casier judiciaire susceptible de compromettre un titre de séjour, une demande de nationalité ou la liberté de circulation.
Points pratiques pour les parties étrangères :
- Un interprète qualifié est indispensable : il convient de recourir à une interprétation assermentée pour saisir pleinement l'offre et les conséquences juridiques des négociations.
- Absence à l'étranger : si une partie demeure introuvable, la procédure peut être clôturée sans médiation (art. 253/6) ; il est donc essentiel de laisser au dossier une adresse de notification à jour et un représentant.
- Représentation par un avocat : les étrangers absents de Turquie peuvent conduire la procédure par l'intermédiaire d'un avocat muni d'une procuration.
- Nature de la prestation : la prestation convenue n'a pas à être un paiement en argent ; des excuses, une réparation ou l'abstention d'un comportement peuvent également convenir.
Foire aux questions
Si je refuse l'offre de conciliation, sera-t-elle retenue contre moi ? Non. Refuser l'offre est un droit et ne peut être considéré comme une preuve contre vous au procès. Les propos tenus lors des négociations ne peuvent pas davantage être utilisés aux stades ultérieurs.
Dois-je régler les honoraires du médiateur ? Les honoraires du médiateur font partie des frais de justice. En cas de conciliation, ces frais sont pris en charge par le Trésor public ; les parties ne paient pas de leur poche.
Puis-je encore engager une action en réparation après m'être concilié ? En principe, aucune action en réparation distincte ne peut être engagée pour l'infraction ayant fait l'objet de la conciliation — hormis les préjudices qui n'ont pu être déterminés au moment de la conciliation ou qui apparaissent ensuite.
Puis-je participer à la médiation depuis l'étranger ? Oui. Un avocat auquel vous donnez procuration en Turquie peut vous représenter, et votre représentant peut assister aux négociations. Il importe que votre adresse et vos coordonnées à jour figurent au dossier.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Bien menée, la médiation est un outil puissant permettant de clore un dossier pénal rapidement, sans casier judiciaire et dans l'intérêt des deux parties. Chez Mona Hukuk, nous conseillons des clients turcs et étrangers — victimes comme suspects — dans l'appréciation d'une offre de conciliation, la stratégie de négociation, la définition de la prestation et la conduite de la procédure avec l'appui d'un interprète.
Contactez-nous à contact@monahukuk.com ou appelez le +90 (242) 606 14 32.
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