Droit Commercial et des Sociétés
Fonctions au conseil d'administration des sociétés à capitaux étrangers en Turquie
Publié le 14 juillet 2026·7 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
L'une des premières questions que se posent les investisseurs étrangers après avoir constitué en Turquie une société à capitaux étrangers, ou être entrés comme associés dans une société turque existante, est de savoir qui la dirigera réellement. Une personne physique étrangère peut-elle siéger au conseil d'administration d'une société anonyme (anonim şirket), agir comme gérant d'une société à responsabilité limitée (limited şirket), et cela exige-t-il la nationalité turque ou la résidence en Turquie ? Le Code de commerce turc (loi n° 6102, le « CCT ») offre ici un cadre remarquablement favorable à l'investisseur. Ce guide explique la position juridique d'un dirigeant étranger, la limite à partir de laquelle naît l'exigence d'un permis de travail et les formalités d'immatriculation concernées.
Fondement juridique : aucune condition de nationalité ni de résidence
Le CCT ne comporte aucune disposition excluant les étrangers de l'organe de direction d'une société. Pour les sociétés anonymes, les conditions de la fonction d'administrateur sont fixées à l'art. 359 CCT. Selon cet article, le conseil d'administration se compose d'une ou de plusieurs personnes, et la seule qualité que doit réunir un membre (y compris la personne physique inscrite au nom d'un membre personne morale) est de posséder la pleine capacité juridique. Le texte n'impose ni condition de nationalité turque ni condition de résidence en Turquie. De fait, certaines phrases antérieures de l'article ont été abrogées en 2012 par la loi n° 6335, supprimant les éléments restrictifs.
Pour les sociétés à responsabilité limitée, la gestion et la représentation peuvent, en vertu de l'art. 623 CCT, être confiées à un ou plusieurs gérants associés, à tous les associés ou à des tiers. Le Code exige seulement qu'au moins un associé détienne le droit de gérer et le pouvoir de représenter la société ; il ne pose aucune limite liée à la nationalité ou à la résidence d'un gérant. L'ancien art. 628, qui exigeait qu'au moins un gérant réside en Turquie, a lui aussi été intégralement abrogé par la loi n° 6335. C'est là un trait qui rend le droit turc des sociétés véritablement souple pour l'investisseur étranger : en principe, l'ensemble de l'organe de direction peut être composé d'étrangers.
Fonction d'administrateur et rôle exécutif actif
En pratique, la distinction essentielle se situe entre le fait d'être administrateur / représentant de la société et celui d'être un cadre dirigeant effectivement employé. Un étranger résidant à l'étranger peut exercer sa fonction d'administrateur en assistant à des réunions occasionnelles, en signant des décisions ou en accomplissant à distance des tâches de représentation sociale. De telles fonctions occasionnelles, propres à la fonction sociale, n'exigent pas à elles seules un permis de travail turc ; la personne n'est pas un salarié engagé au titre d'un contrat de travail.
En revanche, si l'étranger assume le rôle d'un directeur général exécutif qui dirige les opérations quotidiennes et est régulièrement présent en Turquie, cela équivaut à un emploi de fait et déclenche l'exigence du permis de travail. Les contrats de travail et les permis des cadres dirigeants étrangers constituent un sujet spécialisé à part ; le détail de cette distinction est traité dans notre contenu de droit du travail relatif à l'emploi des dirigeants étrangers. Définir correctement le rôle de direction dès le départ épargne à l'investisseur des sanctions administratives et des problèmes de conformité ultérieurs.
Représentant autorisé et joignabilité en Turquie
Le droit turc attache de l'importance à la présence d'au moins un signataire autorisé auquel les notifications peuvent être adressées et qui peut être joint pour le compte de la société. Dans les sociétés anonymes et à responsabilité limitée, ce pouvoir peut être conféré à des personnes physiques nationales ou étrangères ; toutefois, dans certaines structures, un représentant résidant en Turquie devient obligatoire. Ainsi, pour la succursale turque d'une société étrangère dont le siège se trouve à l'étranger, l'art. 40 CCT impose la désignation d'un mandataire commercial doté de pleins pouvoirs résidant en Turquie. De même, pendant la liquidation, au moins un des liquidateurs habilités à représenter la société doit être un citoyen turc résidant en Turquie (art. 536 CCT) ; si cette condition n'est pas remplie, le tribunal désigne un liquidateur approprié (art. 537 CCT). C'est pourquoi, même dans les structures dirigées entièrement depuis l'étranger, il est en pratique fortement conseillé de conserver en Turquie un signataire ou un mandataire joignable.
Formalités d'immatriculation : documents et numéro fiscal
L'inscription d'un administrateur ou d'un gérant étranger au registre du commerce exige certaines formalités :
- Numéro fiscal : Avant l'inscription, la personne physique étrangère doit obtenir un numéro d'identification fiscale auprès du bureau des impôts turc. Il est délivré rapidement sur présentation du passeport.
- Documents d'identité : Une copie du passeport et, le cas échéant, les informations de résidence sont soumises.
- Apostille et traduction assermentée : Les documents établis à l'étranger (documents de pouvoirs pour un associé personne morale étranger, procurations, déclarations de signature) doivent porter une apostille et être traduits en turc par un traducteur assermenté. Pour les pays non parties à la Convention Apostille, une légalisation consulaire est requise.
- Déclaration de signature et contenu de l'inscription : Les noms et lieux de résidence des gérants et des personnes habilitées à représenter la société sont inscrits et publiés (pour les SARL, par exemple, l'art. 587 CCT). Les signataires autorisés sont soumis à la procédure de déclaration de signature régie par l'art. 40 CCT.
Une fois l'inscription achevée, le dirigeant est habilité à représenter la société devant le registre du commerce turc, et l'affaire est publiée au Journal du registre du commerce turc.
Recommandations pratiques pour les investisseurs étrangers
Lors de la structuration, plusieurs points pratiques ressortent. Un associé-dirigeant étranger appelé à vivre à l'étranger peut simplifier la question du permis de travail en déléguant le pouvoir exécutif quotidien à un gérant ou à un mandataire de confiance établi en Turquie. L'étendue du pouvoir de représentation (signature individuelle ou conjointe) doit être clairement définie dans les statuts. Comme les démarches d'apostille et de traduction demandent du temps, elles doivent être lancées bien avant l'inscription. Enfin, il convient de décider dès le départ si le rôle de direction relève de la « fonction sociale » ou de la « direction exécutive de fait », car ce choix détermine à la fois le besoin d'un permis de travail et les obligations fiscales et de sécurité sociale.
Foire aux questions
Un étranger peut-il être administrateur sans être citoyen turc ? Oui. L'art. 359 CCT n'exige ni nationalité turque ni résidence en Turquie pour la fonction d'administrateur ; la seule condition est la pleine capacité juridique. La même souplesse s'applique à la fonction de gérant d'une SARL en vertu de l'art. 623 CCT.
Un permis de travail est-il nécessaire pour la seule fonction d'administrateur ? En règle générale, non. Les fonctions sociales occasionnelles exercées depuis l'étranger ne comptent pas comme un emploi. En revanche, si l'étranger assume un rôle exécutif avec une présence régulière en Turquie, un permis de travail est requis.
Tous les dirigeants d'une société peuvent-ils être étrangers ? Pour les sociétés anonymes et à responsabilité limitée, la loi ne l'interdit pas. Néanmoins, aux fins des notifications et de la joignabilité pratique, il est conseillé de conserver un signataire joignable en Turquie ; et dans des cas particuliers comme la succursale et la liquidation, un représentant résidant en Turquie est requis.
Quels documents sont nécessaires à l'inscription ? Les documents essentiels sont un numéro fiscal, une copie du passeport et des copies apostillées et traduites de façon assermentée des documents établis à l'étranger. Les signataires autorisés sont en outre soumis à la procédure de déclaration de signature.
Comment Mona Hukuk peut-elle vous aider ?
Chez Mona Hukuk, nous aidons les investisseurs étrangers à concevoir correctement la structure de direction de leurs sociétés turques : déterminer la structure du conseil ou de la gérance, fixer les pouvoirs de représentation dans les statuts, gérer les démarches d'apostille et de traduction, accomplir les formalités de numéro fiscal et d'immatriculation au registre du commerce, et évaluer avec justesse si un permis de travail est nécessaire. Notre équipe basée à Antalya coordonne les volets juridique et financier de manière intégrée afin de soutenir l'entrée sécurisée de l'investisseur sur le marché.
Pour une consultation à Antalya, vous pouvez écrire à contact@monahukuk.com ou appeler le +90 (242) 606 14 32.
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