Droit du travail
Obligations de l'employeur en santé et sécurité au travail en Turquie : conformité préventive
Publié le 13 juillet 2026·8 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
L'une des dimensions juridiques les plus souvent négligées lors de la création d'une entreprise en Turquie est la conformité en matière de santé et de sécurité au travail (SST). Pourtant, la loi n° 6331 sur la santé et la sécurité au travail couvre presque tous les lieux de travail, publics ou privés, même ceux ne comptant qu'un seul salarié. Il ne s'agit pas des règles d'indemnisation qui s'appliquent après un accident, mais de mesures préventives qui doivent être en place avant qu'il ne survienne. Pour les entreprises à capitaux étrangers actives dans les secteurs de la fabrication, de la construction et de l'hôtellerie-tourisme si répandus dans la région d'Antalya, bien établir ces obligations dès le départ est le fondement d'une protection à la fois contre les amendes administratives et contre la responsabilité aggravée qui suit un accident.
L'obligation générale de l'employeur et les principes de prévention
L'article 4 de la loi n° 6331 fixe le devoir de diligence essentiel de l'employeur : il doit assurer la santé et la sécurité des salariés liées au travail et, dans ce cadre, prévenir les risques professionnels, prendre les mesures nécessaires, mettre en place l'organisation et améliorer en continu les conditions existantes. Une disposition cruciale figure dans le même article : le recours à des experts ou organismes extérieurs ne supprime pas la responsabilité propre de l'employeur (art. 4/2). L'employeur ne peut pas non plus répercuter sur les salariés le coût des mesures de SST (art. 4/4).
L'article 5 énumère les principes de prévention que l'employeur doit observer : éviter les risques, analyser à leur source ceux qui sont inévitables, remplacer ce qui est dangereux par ce qui l'est moins et — point particulièrement important — donner la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures individuelles. Ces principes constituent l'étalon à l'aune duquel un inspecteur ou un tribunal apprécie si l'employeur « a fait le nécessaire ».
Évaluation des risques, désignation d'experts et formation
La conformité préventive repose sur trois piliers. Le premier est l'évaluation des risques : en vertu de l'article 10, l'employeur doit réaliser ou faire réaliser une évaluation des risques de SST et, selon son résultat, déterminer les mesures à prendre et l'équipement de protection à utiliser. Dans les lieux de travail très dangereux comme les mines, le travail des métaux et la construction, la seule absence d'une évaluation des risques constitue à elle seule un motif d'arrêt de l'activité (art. 25/1).
Le deuxième est la désignation d'experts : l'article 6 impose à l'employeur de désigner parmi les salariés un spécialiste de la sécurité au travail et un médecin du travail et, dans les lieux très dangereux comptant dix salariés ou plus, également un autre personnel de santé. En l'absence d'un tel personnel en interne, le service peut être confié à une unité conjointe de santé et de sécurité (OSGB). La classe de certificat du spécialiste dépend de la classe de dangerosité du lieu de travail : classe (A) pour les très dangereux, au moins classe (B) pour les dangereux et au moins classe (C) pour ceux à faible dangerosité (art. 8/5). La classe de dangerosité est déterminée d'après le code NACE du lieu de travail (art. 9).
Le troisième est la formation et les équipements de protection individuelle : selon l'article 17, l'employeur doit dispenser une formation en SST avant le début du travail, lors de tout changement de poste et chaque fois qu'un nouveau risque apparaît ; dans les travaux dangereux et très dangereux, nul ne peut être employé sans certificat de formation professionnelle. Le coût de la formation ne peut être mis à la charge du salarié et le temps qui y est consacré est compté comme temps de travail. En outre, l'employeur doit fournir gratuitement des équipements de protection individuelle conformes aux normes et portant le marquage CE.
Le droit du salarié de refuser un travail dangereux
L'outil le plus puissant du côté du salarié dans ce système préventif est le droit de refuser le travail prévu à l'article 13. Le salarié confronté à un danger grave et imminent peut saisir le comité de sécurité (ou, à défaut, l'employeur) afin que la situation soit constatée et que des mesures soient prises. Si la décision est favorable à sa demande, le salarié peut s'abstenir de travailler jusqu'à ce que les mesures nécessaires soient prises, tout en conservant son salaire et ses autres droits (art. 13/2). Lorsque le danger est inévitable, le salarié peut quitter le lieu de travail sans attendre cette procédure, et aucun de ses droits ne peut être restreint de ce fait (art. 13/3). Si les mesures ne sont toujours pas prises, le salarié peut résilier le contrat pour motif légitime (art. 13/4). L'employeur ne peut pas sanctionner un salarié pour l'exercice de ce droit.
Amendes administratives et incidence sur la responsabilité en cas d'accident
Le prix de la non-conformité est lourd. L'article 26 inflige une amende administrative distincte pour chaque obligation : ne pas réaliser l'évaluation des risques, ne pas désigner un expert ou un médecin, ne pas dispenser de formation et ne pas fournir d'EPI sont sanctionnés individuellement. Dans la plupart des cas, ces amendes sont appliquées de nouveau par salarié ou pour chaque mois de persistance de l'infraction. Les montants de la loi sont réévalués chaque année et l'amende est en outre majorée jusqu'à 200 pour cent selon le nombre de salariés et la classe de dangerosité du lieu de travail (art. 26/3). La même infraction est donc bien plus coûteuse pour un grand établissement très dangereux.
La véritable fonction de ces obligations préventives se révèle lorsqu'un accident survient. Un employeur qui a satisfait à toutes les exigences de la loi 6331 réduit sensiblement le degré de faute qui lui est imputé dans une éventuelle procédure d'indemnisation ou pénale ; toutefois, le devoir objectif de diligence de l'employeur étant très étendu en droit turc, la conformité à elle seule n'élimine pas entièrement la responsabilité. Les détails de la procédure d'indemnisation postérieure à l'accident constituent un sujet distinct ; le présent article se concentre sur la conformité préventive antérieure à l'accident.
Un guide de conformité pour les entreprises à capitaux étrangers
Pour les investisseurs étrangers qui installent un hôtel, un restaurant, un chantier ou une usine de production à Antalya, les étapes pratiques sont les suivantes :
- Déterminez la classe de dangerosité dès le départ : identifiez, d'après le code NACE, si votre établissement est à faible dangerosité, dangereux ou très dangereux ; tout le niveau d'obligation en dépend.
- Contractez avec une OSGB avant le début de l'activité : achevez la désignation du spécialiste de la sécurité et du médecin du travail avant l'arrivée du premier salarié.
- Documentez l'évaluation des risques : évaluez par écrit les risques propres au secteur (travail en hauteur dans la construction ; cuisine, piscine et produits chimiques dans l'hôtellerie ; machines dans la fabrication).
- Conservez les registres de formation et d'EPI : les procès-verbaux de formation signés et les bons de remise d'EPI sont votre preuve de défense la plus solide lors d'une inspection ou après un accident.
- Ne négligez pas les obligations d'urgence et de comité : un comité de sécurité est obligatoire dans les établissements de 50 salariés ou plus.
Foire aux questions
La loi 6331 s'applique-t-elle à une petite entreprise n'ayant qu'un seul salarié ? Oui. La loi couvre presque tous les lieux de travail, quel que soit le nombre de salariés. Toutefois, la portée de certaines obligations et le montant des amendes varient selon le nombre de salariés et la classe de dangerosité.
Recourir à un spécialiste de la sécurité en externe (via une OSGB) supprime-t-il ma responsabilité ? Non. L'article 4/2 dispose expressément que le recours à des services externes ne supprime pas la responsabilité de l'employeur. L'employeur demeure responsable de la mise en œuvre des recommandations du spécialiste.
Si un salarié refuse un travail dangereux, puis-je retenir son salaire ? Non. Le salarié qui exerce le droit de refus face à un danger grave et imminent conserve son salaire et ses autres droits (art. 13) et ne peut être sanctionné.
Si je prends toutes les mesures de SST, suis-je totalement exonéré de responsabilité en cas d'accident ? La conformité réduit sensiblement votre degré de faute et votre responsabilité, mais le large devoir de diligence de l'employeur fait qu'elle n'accorde pas d'immunité complète. Une conformité intégrale demeure néanmoins la protection juridique la plus efficace.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
La conformité en SST est à la fois une obligation réglementaire et un domaine stratégique de gestion des risques pour les entreprises qui investissent en Turquie. Chez Mona Hukuk, nous accompagnons les entreprises nationales et à capitaux étrangers dans la cartographie des obligations de SST dès la phase de constitution, la structuration des processus d'OSGB et des contrats de travail, la contestation des inspections et des amendes administratives, ainsi que la défense juridique après un accident.
Pour une consultation à Antalya, vous pouvez écrire à contact@monahukuk.com ou appeler le +90 (242) 606 14 32.
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