Droit de la Propriété Intellectuelle
Enregistrement de brevet et qualité d'inventeur en Turquie : guide de la SMK
Publié le 13 juillet 2026·7 min de lecture
Me. Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
Un ingénieur met au point un nouveau procédé de fabrication, une start-up conçoit un dispositif original ou une entreprise étrangère souhaite introduire son produit sur le marché turc. Dans ces trois cas, la même question se pose : comment protéger l'invention et à qui en revient le droit ? En Turquie, la protection par brevet est régie par la loi sur la propriété industrielle n° 6769 (Sınai Mülkiyet Kanunu, « SMK »), entrée en vigueur le 10 janvier 2017. Cet article présente les conditions de brevetabilité, la différence entre brevet et modèle d'utilité, la titularité des inventions de salariés et les voies internationales ouvertes aux déposants étrangers.
Conditions de brevetabilité selon la SMK
Selon l'article 82 de la SMK, un brevet est délivré pour les inventions dans tous les domaines de la technique à condition qu'elles soient nouvelles, qu'elles impliquent une activité inventive et qu'elles soient susceptibles d'application industrielle. Ces trois critères correspondent aux standards de brevet reconnus au niveau international :
- Nouveauté : selon l'art. 83/1 de la SMK, une invention est réputée nouvelle si elle ne fait pas partie de l'état de la technique. L'état de la technique comprend tout ce qui a été rendu accessible au public partout dans le monde avant la date de dépôt, par écrit, oralement ou par un usage. Divulguer l'invention lors d'un salon, sur internet ou dans une publication avant le dépôt peut donc en détruire la nouveauté.
- Activité inventive : selon l'art. 83/4, une invention implique une activité inventive si elle n'est pas évidente pour un homme du métier dans le domaine technique concerné. Autrement dit, l'invention doit aller au-delà de ce qui peut être déduit de manière routinière des connaissances existantes.
- Application industrielle : selon l'art. 83/6, cette condition est remplie si l'invention peut être fabriquée ou utilisée dans tout secteur de l'industrie, y compris l'agriculture.
L'art. 82/2 de la SMK exclut de la notion d'invention les découvertes, les théories scientifiques, les méthodes mathématiques, les programmes d'ordinateur et les créations esthétiques « en tant que tels ». L'art. 82/3 exclut en outre de la protection certains objets, notamment les inventions contraires à l'ordre public ou aux bonnes mœurs ainsi que les méthodes de diagnostic et de traitement.
Brevet ou modèle d'utilité ?
La SMK offre deux voies de protection distinctes, et le bon choix dépend de la nature de l'invention et de la stratégie commerciale.
Brevet (avec examen au fond) : c'est la forme de protection la plus complète. Selon l'art. 101/1 de la SMK, la durée de protection est de vingt ans à compter de la date de dépôt et ne peut être prolongée. Le brevet fait l'objet d'un examen au fond par TÜRKPATENT quant à la nouveauté et à l'activité inventive.
Modèle d'utilité : selon l'art. 142 de la SMK, un modèle d'utilité n'est délivré que pour les inventions qui sont nouvelles et susceptibles d'application industrielle ; contrairement au brevet, aucune activité inventive n'est exigée. Selon l'art. 101/1, la durée de protection est de dix ans. La différence essentielle est que le modèle d'utilité n'est pas soumis à l'examen au fond appliqué aux brevets ; TÜRKPATENT établit un rapport de recherche mais n'apprécie pas l'activité inventive. Cela procure une protection plus rapide et plus économique, même si la base juridique d'un modèle d'utilité peut être plus aisément contestée dans un litige que celle d'un brevet examiné.
Inventions de salariés : à qui appartient l'invention ?
En règle générale, selon l'art. 109/1 de la SMK, le droit au brevet appartient à l'inventeur ou à ses ayants droit. La situation change toutefois lorsque l'invention naît dans le cadre d'une relation de travail.
L'art. 113 de la SMK définit l'invention de service comme celle que le salarié réalise dans l'exercice de ses fonctions au sein de l'entreprise, ou dans une large mesure sur la base de l'expérience et des travaux de l'entreprise ; toute autre invention est une invention libre. Le salarié doit notifier sans délai à l'employeur une invention de service.
Selon l'art. 115 de la SMK, l'employeur peut revendiquer des droits pleins ou partiels sur l'invention de service dans un délai de quatre mois à compter de la notification. Par une revendication pleine, tous les droits sur l'invention passent à l'employeur. En contrepartie, le salarié a droit à une rémunération raisonnable. Son montant est calculé en tenant compte de la valeur économique de l'invention, du poste du salarié dans l'entreprise et de la contribution de l'entreprise à l'invention (art. 115/7). Pour les agents du secteur public, la rémunération ne peut être inférieure au tiers des revenus tirés de l'invention (art. 113/5). Si l'employeur ne revendique pas les droits dans les délais, l'invention devient libre et le salarié peut en disposer librement.
La procédure de dépôt et d'examen devant TÜRKPATENT
Les demandes de brevet sont déposées auprès de l'Office turc des brevets et des marques (TÜRKPATENT). La procédure comprend, dans les grandes lignes, le dépôt et l'examen formel, l'établissement du rapport de recherche, la publication au Bulletin et, enfin, l'examen au fond.
Selon l'art. 98 de la SMK, le déposant doit demander l'examen dans un délai de trois mois à compter de la notification du rapport de recherche ; à défaut, la demande est réputée retirée. L'Office examine la conformité de l'invention à la loi et, si nécessaire, invite le déposant à présenter des observations ou des modifications (au maximum trois notifications de ce type). Si l'examen est favorable, le brevet est délivré et la décision est publiée au Bulletin. Il importe de souligner que, selon l'art. 98/9, la délivrance d'un brevet ne signifie pas que l'Office en garantit la validité.
Voies internationales pour les déposants étrangers
La Turquie est partie aux principaux systèmes internationaux de propriété intellectuelle, et les inventeurs étrangers peuvent obtenir une protection par plusieurs voies :
- Priorité de la Convention de Paris : une demande déposée en Turquie dans les douze mois suivant un premier dépôt dans un pays membre peut revendiquer la priorité de cette première date de dépôt. Cela évite que des divulgations intervenues entre-temps ne détruisent la nouveauté.
- Entrée en phase nationale du PCT : les demandes internationales déposées en vertu du Traité de coopération en matière de brevets (PCT), auquel renvoie également l'art. 83/3 de la SMK, peuvent entrer en phase nationale en Turquie dans les délais et conditions prescrits. Cette voie convient aux entreprises souhaitant garder ouvertes des options de protection dans de nombreux pays au moyen d'un seul dépôt international.
- Brevet européen (CBE) : la Turquie étant partie à la Convention sur le brevet européen, les demandes de brevet européen désignant la Turquie peuvent également produire un effet national.
Les déposants étrangers doivent être représentés en Turquie par un mandataire en brevets et respecter scrupuleusement les obligations de traduction et de délais.
Foire aux questions
Combien de temps dure la protection par brevet en Turquie ? La durée de protection est de vingt ans à compter de la date de dépôt pour un brevet examiné et de dix ans pour un modèle d'utilité (art. 101 de la SMK). Ces durées ne peuvent être prolongées et la protection dépend du paiement en temps voulu des annuités.
Que se passe-t-il si je divulgue mon invention avant le dépôt ? En règle générale, la nouveauté peut être détruite, car l'état de la technique comprend toute divulgation publique faite avant la date de dépôt (art. 83/2 de la SMK). La confidentialité doit donc être préservée jusqu'au dépôt de la demande.
Suis-je titulaire d'une invention développée par mon salarié ? Pour une invention de service liée aux fonctions du salarié, l'employeur peut devenir titulaire à part entière en revendiquant les droits dans les quatre mois, mais il doit verser une rémunération raisonnable au salarié (art. 113 à 115 de la SMK).
Une entreprise étrangère peut-elle déposer un brevet directement en Turquie ? Oui. Le dépôt est possible par la priorité de la Convention de Paris, la phase nationale du PCT ou la voie du brevet européen ; la procédure est généralement gérée par un mandataire en brevets agréé.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Les questions de brevets et de modèles d'utilité constituent un domaine technique qui va du choix de la bonne stratégie aux phases de dépôt et d'opposition, en passant par les accords sur les inventions de salariés et les éventuels litiges en nullité et en contrefaçon. Chez Mona Hukuk, nous accompagnons les inventeurs, les start-ups et les entreprises étrangères entrant sur le marché turc en matière d'évaluation de la brevetabilité, de rédaction de contrats et de soutien dans les litiges de propriété intellectuelle.
Pour une consultation à Antalya, vous pouvez écrire à contact@monahukuk.com ou appeler le +90 (242) 606 14 32.
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