Droit commercial et des sociétés
Force Majeure dans les Contrats Commerciaux en Turquie
Publié le 14 juillet 2026·5 min de lecture
Me. Mona Hukuk Editorial Team - Antalya · Barreau d'Antalya
Un séisme, une pandémie, un conflit armé soudain — quand un événement exceptionnel vient bouleverser un contrat commercial, les deux parties ont besoin de connaître précisément leur situation juridique. Pour les entreprises étrangères qui opèrent en Turquie ou qui ont conclu des contrats avec des partenaires turcs, maîtriser le régime de la force majeure selon le droit turc n'est pas un luxe : c'est une nécessité concrète.
La force majeure dans le Code des obligations turc
Le droit turc n'utilise pas l'expression "force majeure" dans ses textes législatifs ; le concept se désigne par le terme mücbir sebep. Le Code des obligations turc (Türk Borçlar Kanunu / TBK) en règle les conséquences à l'article 136 : lorsque l'exécution d'une obligation devient impossible pour des raisons non imputables au débiteur, l'obligation s'éteint. Le débiteur est exonéré de toute responsabilité en dommages et intérêts.
La Cour de cassation turque (Yargıtay) a dégagé trois conditions cumulatives pour reconnaître la force majeure :
- Extériorité — L'événement doit être survenu en dehors de la sphère d'activité et de contrôle du débiteur.
- Imprévisibilité — Une personne raisonnable n'aurait pas pu le prévoir au moment de la conclusion du contrat.
- Irrésistibilité — Aucune précaution raisonnable n'aurait permis d'en prévenir les effets.
L'absence de l'une de ces trois conditions suffit à écarter la qualification de force majeure devant les juridictions turques.
Force majeure et imprévision : une distinction fondamentale
Beaucoup confondent la force majeure avec le concept voisin, mais juridiquement distinct, de l'imprévision.
La force majeure (art. 136 TBK) vise l'impossibilité totale d'exécution : le débiteur ne peut pas exécuter son obligation, quoi qu'il fasse. L'obligation s'éteint de plein droit.
L'imprévision (art. 138 TBK) couvre une situation différente : l'exécution reste techniquement possible, mais des circonstances extraordinaires et imprévisibles l'ont rendue si onéreuse qu'en exiger l'accomplissement aux conditions initiales serait contraire à la bonne foi. Dans ce cas, le débiteur peut demander au juge l'adaptation du contrat aux nouvelles circonstances, ou — si l'adaptation s'avère impossible — sa résolution.
Pour les contrats de longue durée — fournitures, chantiers, licences — l'article 138 est souvent l'instrument le plus pertinent, car l'impossibilité absolue est rare.
Exemples d'événements de force majeure en Turquie
Les tribunaux turcs reconnaissent de façon constante les catastrophes naturelles — tremblements de terre, inondations, incendies, épidémies graves — comme constitutives de force majeure. Les conflits armés et les troubles civils peuvent également être retenus, à condition que la partie concernée n'ait pas pu raisonnablement prévoir ce risque lors de la signature du contrat.
En revanche, ne sont pas reconnus comme force majeure : les difficultés économiques ordinaires, les seules fluctuations de change, les perturbations évitables des chaînes d'approvisionnement ou les événements dont la partie avait connaissance au moment de contracter.
Obligations en cas de force majeure
Se prévaloir de la force majeure ne suffit pas ; cela implique des obligations actives. L'article 136 TBK impose au débiteur de notifier sans délai au créancier l'impossibilité d'exécuter. Si ce retard dans la notification cause un préjudice supplémentaire au créancier, le débiteur en répond — même si la force majeure elle-même est incontestable.
Concrètement, cela suppose de :
- Documenter immédiatement l'événement : rapports officiels, déclarations des autorités, correspondances d'assurance — tout élément établissant la nature et le calendrier de l'événement.
- Notifier par écrit la partie adverse : en précisant quel événement est survenu, comment il affecte l'exécution et quelles suites sont envisagées.
- Prendre des mesures raisonnables pour limiter le dommage : les tribunaux turcs s'attendent à ce que les parties agissent pour réduire leurs pertes, même pendant la durée de l'événement.
Si le contrat contient déjà une clause de force majeure, ses modalités — notamment les délais de notification — priment sur le régime légal général.
Les clauses de force majeure dans les contrats
La qualité des clauses de force majeure dans les contrats commerciaux turcs est très variable. Une clause bien rédigée doit préciser : les événements couverts, la forme et le délai de la notification, les conséquences (suspension, résolution, exécution partielle) et le sort des paiements déjà effectués.
L'une des erreurs les plus fréquentes dans les contrats commerciaux est justement la rédaction vague des clauses de force majeure. En cas de litige, savoir si le contrat prévoit l'arbitrage ou les juridictions turques devient un élément stratégique déterminant.
Les entreprises étrangères qui opèrent via une succursale, un bureau de liaison ou une filiale en Turquie doivent garder à l'esprit que l'exposition au risque de force majeure diffère selon la structure juridique retenue.
Questions fréquentes
Q : La pandémie de COVID-19 peut-elle encore être invoquée comme force majeure ?
Difficilement. Pour les contrats conclus avant mars 2020, c'est théoriquement possible, mais les tribunaux turcs estiment désormais que les parties auraient dû s'adapter à cette réalité. Pour les contrats signés après 2020, l'argument de l'imprévisibilité a peu de chances d'aboutir.
Q : La force majeure entraîne-t-elle automatiquement l'extinction du contrat ?
Non. L'article 136 éteint l'obligation d'exécuter l'acte devenu impossible, mais d'autres questions — restitution des paiements, règlements mutuels — doivent être traitées séparément. Pour l'article 138, il faut saisir le juge d'une demande d'adaptation ou de résolution ; ce droit ne naît pas automatiquement.
Q : Que se passe-t-il si le contrat ne contient pas de clause de force majeure ?
Les articles 136 et 138 TBK s'appliquent à titre supplétif, que le contrat les prévoie ou non. Une clause expresse apporte néanmoins bien plus de certitude et de prévisibilité pour toutes les parties.
Q : Un tribunal turc peut-il réécrire les termes de mon contrat ?
Oui, dans le cadre de l'article 138 TBK. Si l'imprévision est établie, le juge peut modifier les conditions contractuelles pour les adapter aux nouvelles circonstances — une faculté qui n'existe pas dans tous les systèmes juridiques.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Les litiges liés à la force majeure évoluent vite et les obligations de notification sont strictes. Notre cabinet en Antalya conseille les entreprises étrangères sur la révision et la rédaction de clauses de force majeure, l'analyse de la qualification d'un événement au regard du droit turc, et la représentation dans les procédures judiciaires ou arbitrales.
Contactez-nous à contact@monahukuk.com ou appelez le +90 (242) 606 14 32 pour prendre rendez-vous à Antalya.
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