Droit Commercial et des Sociétés
Succursale, bureau de liaison ou filiale en Turquie
Publié le 10 juin 2026·8 min de lecture
Me Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
Lorsqu'une entreprise étrangère décide de s'implanter en Turquie, l'une des premières questions juridiques concrètes est : quelle forme de présence choisir ? La loi turque sur les investissements étrangers directs (Doğrudan Yabancı Yatırımlar Kanunu, loi n° 4875) garantit aux investisseurs étrangers un traitement égal à celui des investisseurs nationaux et reconnaît trois voies principales : le bureau de liaison (irtibat bürosu), la succursale (şube) et la filiale turque. Ce choix détermine directement votre charge fiscale, l'étendue de la responsabilité de la société mère et votre liberté opérationnelle.
Le bureau de liaison : présence sans activité commerciale
Le bureau de liaison est la forme de présence la plus légère que le droit turc autorise pour une société étrangère. La loi n° 4875 habilite le ministère de l'Industrie et de la Technologie à délivrer des autorisations d'ouverture de bureaux de liaison à des sociétés étrangères — mais à une condition absolue : le bureau ne doit exercer aucune activité commerciale en Turquie.
Concrètement, un bureau de liaison peut mener des études de marché, représenter la société mère lors de salons et de réunions, coordonner les communications entre la Turquie et le siège, et assurer des fonctions administratives. Ce qu'il ne peut pas faire : conclure des contrats générateurs de revenus avec des clients turcs, émettre des factures ou prendre des commandes. Franchir cette limite revient à exercer une activité commerciale sans autorisation.
Les autorisations sont généralement délivrées pour trois ans et renouvelables sur demande. Le bureau est intégralement financé par des virements depuis l'étranger et n'est pas soumis à l'impôt sur les sociétés turc puisqu'il ne génère pas de revenus. Il est néanmoins tenu de présenter chaque année un rapport d'activité au ministère.
Recommandé pour : les sociétés qui explorent le marché turc avant de s'engager davantage, les centres de coordination régionale ou les représentations sans activité commerciale propre.
La succursale : activité commerciale complète sans personnalité juridique propre
Une succursale n'est pas une entité juridique indépendante. C'est une extension de la société mère immatriculée au registre du commerce turc (Ticaret Sicili) dans le cadre du Code de commerce turc (Türk Ticaret Kanunu). Cette réalité juridique a des conséquences pratiques déterminantes.
Succursale et société mère ne formant qu'une seule et même personne morale, la société mère est directement et illimitément responsable de toutes les dettes et obligations contractées par la succursale en Turquie. Il n'existe aucun écran de responsabilité pour protéger les actifs de la maison mère. En contrepartie, la succursale peut exercer toute activité commerciale avec la pleine capacité d'une société turque : conclure des contrats, employer du personnel, émettre des factures.
Sur le plan fiscal, la succursale est un contribuable à assujettissement limité (dar mükellef kurum) : seuls les revenus de source turque sont imposés, et non les bénéfices mondiaux de la société mère. Les transferts de bénéfices vers la maison mère peuvent être soumis à une retenue à la source. Pour l'immatriculation, les documents constitutifs de la société mère doivent être traduits en turc, notariés et apostillés, puis déposés au registre du commerce, et un représentant local autorisé doit être désigné.
Recommandé pour : les sociétés souhaitant une présence commerciale complète en Turquie sans créer de nouvelle entité juridique, à condition que la maison mère accepte d'assumer directement la responsabilité liée aux obligations turques.
La filiale turque : entité juridique propre constituée en droit turc
Une filiale est une personne morale indépendante constituée en vertu du droit turc — généralement sous la forme d'une société à responsabilité limitée (limited şirket, Ltd. Şti.) ou d'une société anonyme (anonim şirket, A.Ş.). La société mère étrangère en détient des parts, mais la filiale est juridiquement autonome : elle peut acquérir des biens immobiliers, conclure des contrats et ester en justice en son propre nom.
L'avantage essentiel est la responsabilité limitée. Dans la plupart des cas, l'exposition financière de la société mère est plafonnée au capital apporté. Le Code de commerce turc exige pour une SARL (limited şirket) un capital social minimum de 10 000 TL et au moins un associé — un modèle souple et accessible, bien adapté aux opérations de taille petite à moyenne. La société anonyme (anonim şirket) requiert un capital minimum de 50 000 TL et une gouvernance plus formalisée ; c'est le véhicule habituel pour les grandes opérations, les secteurs réglementés comme la banque et l'assurance, et les structures pouvant envisager une introduction en bourse.
Sur le plan fiscal, la filiale est un contribuable à assujettissement intégral (tam mükellef kurum) imposé sur ses revenus mondiaux, mais les conventions fiscales conclues par la Turquie avec de nombreux pays réduisent sensiblement la charge effective.
Pour le détail des démarches de constitution d'une société en Turquie en tant qu'investisseur étranger, consultez notre guide sur la création de société en Turquie pour les investisseurs étrangers.
Recommandé pour : la plupart des sociétés étrangères prévoyant une activité substantielle et durable en Turquie — commerce de détail, industrie, services, gestion immobilière ou activités réglementées.
Les trois questions décisives pour choisir
Générerez-vous des revenus en Turquie ? Si oui, le bureau de liaison est d'emblée exclu — toute activité commerciale lui est expressément interdite. Il faudra opter pour une succursale ou une filiale.
La société mère peut-elle assumer une responsabilité directe ? La succursale expose entièrement la maison mère. La filiale limite cette exposition au capital investi. Si l'activité turque est susceptible de créer des risques à l'échelle du groupe, la filiale est généralement le choix le plus prudent.
Quel est le niveau d'engagement à long terme envisagé en Turquie ? Le bureau de liaison est facile à ouvrir et à fermer. La radiation d'une succursale implique des formalités au registre du commerce. La filiale est le véhicule complet à long terme : plus de formalités au départ, mais une flexibilité opérationnelle maximale une fois constituée.
Pour la protection des associés minoritaires dans une SARL turque, consultez notre article sur les droits des actionnaires minoritaires dans les SARL turques.
Nouveauté 2026 : le Centre de services qualifiés
Une modification de la loi n° 4875 adoptée en juin 2026 a introduit une nouvelle structure : le Nitelikli Hizmet Merkezi (Centre de services qualifiés). Il est conçu pour les groupes multinationaux souhaitant centraliser depuis la Turquie des fonctions de finances, juridiques, RH, R&D ou marketing pour leurs opérations mondiales. Pour en bénéficier, le centre doit fournir des services à des entités liées dans au moins trois pays et réaliser au moins 80 % de ses revenus auprès d'entités liées non turques. Le ministère est en train de préciser les modalités d'application et les éventuels avantages fiscaux. Si votre groupe envisage un modèle de centre de services partagés en Turquie, ce dispositif mérite une attention particulière.
Questions fréquentes
Q : Un bureau de liaison peut-il signer un contrat avec un client turc ?
Non. La loi n° 4875 interdit expressément toute activité commerciale aux bureaux de liaison. La signature d'un contrat générateur de revenus avec une partie turque constituerait une violation des conditions de l'autorisation. Pour exercer une activité commerciale, le bureau devrait être préalablement transformé en succursale ou en société.
Q : Si un jugement est rendu contre ma succursale en Turquie, peut-il affecter les actifs de la société mère ?
Oui, en principe. Succursale et société mère ne formant qu'une seule personne morale, un jugement rendu contre la succursale turque peut, en application des règles d'exécution internationale, être mis en œuvre contre les actifs de la société mère à l'étranger. C'est la principale différence de responsabilité entre succursale et filiale.
Q : Une filiale turque entièrement détenue par des étrangers peut-elle acquérir des biens immobiliers en Turquie ?
Oui. Une personne morale constituée en droit turc est traitée comme une entité turque à des fins foncières, même si tous ses associés sont étrangers. Les restrictions qui s'appliquent aux personnes physiques étrangères ne s'appliquent pas directement aux sociétés turques. Les restrictions sectorielles — zones militaires, plafonds sur les terres agricoles — demeurent toutefois applicables au niveau des personnes morales.
Q : Combien de temps faut-il pour immatriculer une succursale ou constituer une filiale ?
Une SARL turque peut généralement être constituée en une à deux semaines si les documents sont en ordre. L'immatriculation d'une succursale au registre du commerce suit un calendrier similaire, une fois les documents apostillés et traduits de la société mère disponibles. L'autorisation d'ouverture d'un bureau de liaison accordée par le ministère peut nécessiter quelques semaines supplémentaires.
Q : Le droit du travail turc s'applique-t-il aux salariés étrangers d'une succursale ou d'une filiale ?
Oui. Le droit du travail turc s'applique à toutes les relations de travail exercées sur le territoire turc. Les ressortissants étrangers travaillant au sein d'une succursale, d'une filiale ou d'un bureau de liaison doivent obtenir un permis de travail délivré par le ministère du Travail en application de la loi n° 4875.
Comment Mona Hukuk peut vous aider
Le choix entre bureau de liaison, succursale et filiale est rarement une simple question juridique : il dépend de votre modèle économique, de votre position fiscale, de vos plans à long terme et de votre appétit pour le risque. Notre cabinet conseille les investisseurs et les sociétés étrangères à Antalya et dans toute la Turquie à chaque étape de leur implantation — de la sélection de la structure à l'immatriculation, en passant par les demandes d'autorisation et la conformité continue. Pour les clauses d'arbitrage dans vos contrats opérationnels, consultez notre article sur l'arbitrage en Turquie : CCI et ISTAC.
Contactez-nous à contact@monahukuk.com ou appelez le +90 (242) 606 14 32 pour prendre rendez-vous à Antalya.
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