Droit commercial et des sociétés
SA ou SARL en Turquie : quelle forme juridique choisir ?
Publié le 28 avril 2026·6 min de lecture
Me Équipe Éditoriale Mona Hukuk - Antalya · Barreau d'Antalya
La première grande décision d'un investisseur étranger souhaitant s'établir en Turquie est le choix de la forme juridique de sa société. La société à responsabilité limitée (SARL / LŞ) et la société anonyme (SA / AŞ) sont les deux structures les plus répandues, chacune étant optimisée pour des objectifs et des tailles d'entreprise différents. Un choix inadapté peut engendrer des surcoûts lors d'une augmentation de capital, d'une ouverture au public, d'une cession de parts ou d'une optimisation fiscale. Ce guide propose une analyse comparative des deux formes et précise dans quelles situations l'une est préférable à l'autre.
Différences structurelles fondamentales
Capital
- SARL : capital minimum relativement faible, fixé sous forme de parts sociales (esas sermaye payları). Constitution plus accessible.
- SA : capital minimum plus élevé, divisé en actions dotées chacune d'une valeur nominale. Le régime du capital autorisé (kayıtlı sermaye sistemi) est disponible.
Nombre d'associés
- SARL : d'un à cinquante associés. Unipersonnelle possible.
- SA : peut être unipersonnelle ; aucun plafond d'associés.
Organe de gestion
- SARL : gérance (un ou plusieurs gérants), pouvant être choisie parmi les associés ou en dehors.
- SA : conseil d'administration, composé d'au moins un membre. Des personnes morales peuvent y siéger.
Cession des parts
- SARL : la cession s'effectue devant notaire, avec obligation d'immatriculation et de publication. L'approbation de l'assemblée générale peut être requise.
- SA : la cession d'actions est beaucoup plus souple — par endossement pour les actions nominatives, sans approbation spéciale en principe. L'émission de titres physiques est possible, facilitant encore la transmission.
Accès aux marchés financiers
- SARL : ne peut pas faire appel public à l'épargne ni émettre des titres cotés.
- SA : peut accéder à la Bourse d'Istanbul (BIST) et constitue le cadre approprié pour une introduction en bourse.
Comparaison fiscale et financière
Impôt sur les sociétés
Les deux formes sont soumises à l'impôt sur les sociétés au même taux. Aucun avantage différentiel de ce côté.
Augmentation de capital
- SARL : nécessite une décision d'assemblée générale et une immatriculation correspondante.
- SA : dans les sociétés sous régime de capital autorisé, le conseil d'administration peut augmenter le capital par simple délibération, sans passer par l'assemblée générale.
Pour les entreprises en forte croissance, la flexibilité de la SA est un atout majeur.
Fiscalité de la cession de parts
- SARL : la cession est soumise au droit de timbre ; une plus-value peut être imposable pour le cédant.
- SA : les actions détenues depuis plus de deux ans peuvent bénéficier d'une exonération de la taxe sur les plus-values — avantage significatif pour les investisseurs à moyen terme.
Avantages liés aux sociétés cotées
Des régimes fiscaux spécifiques s'appliquent aux SA cotées, ce qui en fait le choix privilégié des investisseurs de grande envergure.
Régime de responsabilité
Dans les deux formes, la responsabilité des associés est limitée à leurs apports : les dettes sociales ne peuvent pas être mises à la charge personnelle des associés.
Une exception importante concerne les dettes fiscales et de sécurité sociale : les associés d'une SARL peuvent être tenus personnellement responsables des dettes non acquittées de la société, au prorata de leurs parts. Dans une SA, cette responsabilité incombe aux représentants légaux (membres du conseil d'administration).
Cette différence souligne l'importance d'un suivi rigoureux des obligations fiscales et sociales dans les deux formes, mais renforce la nécessité, pour les associés de SARL, d'être accompagnés par un expert-comptable professionnel.
Critères de choix selon les situations
Choisir la SARL si vous :
- créez une PME ;
- souhaitez minimiser les coûts de constitution ;
- montez une société familiale avec un petit nombre d'associés ;
- avez un horizon d'investissement à court terme ;
- n'avez pas besoin de lever des capitaux extérieurs.
Choisir la SA si vous :
- envisagez une introduction en bourse ;
- planifiez d'accueillir des investisseurs étrangers (les investisseurs institutionnels préfèrent la SA) ;
- dirigez un modèle d'entreprise à forte croissance et de grande échelle ;
- procéderez fréquemment à des cessions d'actions (par exemple, plans d'options annuels) ;
- souhaitez un conseil d'administration de type professionnel ;
- anticipez des partenariats stratégiques ou des opérations de fusion-acquisition.
Peut-on changer de forme juridique ?
Oui. Le droit turc autorise la transformation de forme : une SARL peut être convertie en SA et inversement. Toutefois, cette opération :
- entraîne des frais d'immatriculation et de publication ;
- génère des calculs supplémentaires sur le plan fiscal et financier ;
- peut impliquer des formalités complémentaires pour les cessions de parts ;
- prend plusieurs mois.
Choisir la bonne structure dès le départ évite ces coûts de transformation.
Considérations pratiques pour les investisseurs étrangers
1. Lien avec la demande de nationalité turque
Dans le cadre de la nationalité turque par investissement — notamment par la création d'emplois — la forme de la société peut avoir son importance. La SA est souvent privilégiée, mais les spécificités de chaque dossier doivent être examinées individuellement.
2. Sociétés avec associés personnes morales étrangères
Lorsqu'une société étrangère est associée en Turquie, la SA est généralement plus adaptée : souplesse de cession et proximité avec les standards internationaux.
3. Conventions fiscales
La convention fiscale conclue entre la Turquie et le pays d'origine de l'investisseur peut, dans certains cas, rendre la SA plus avantageuse.
4. Entreprises familiales transgénérationnelles
Pour des structures familiales visant à traverser plusieurs générations, la SA est considérée comme plus pérenne : souplesse de transmission des actions et gouvernance formalisée via le conseil d'administration.
Structures mixtes : la stratégie holding
Les investisseurs détenant plusieurs activités ou plusieurs sociétés peuvent mettre en place des structures de holding. Le holding est généralement constitué sous forme de SA et contrôle des filiales (SA ou SARL). Cette architecture offre :
- une flexibilité accrue en matière de planification fiscale ;
- un régime spécial pour les dividendes de participations ;
- un cloisonnement des risques entre entités distinctes.
Dématérialisation de la procédure de constitution
Avec la numérisation du Registre du commerce turc (Ticaret Sicili), la constitution en ligne est désormais possible pour les deux formes. Cela réduit considérablement les délais. Les investisseurs étrangers peuvent constituer leur société sans se déplacer en Turquie, par l'intermédiaire d'un mandataire.
Assistance juridique
À Antalya, MONA Hukuk accompagne les investisseurs étrangers de l'analyse de la forme juridique jusqu'à la constitution de la société, en passant par les modifications structurelles et la résolution des litiges. Le choix d'une structure adaptée influe directement sur la rentabilité et la pérennité de votre investissement ; notre équipe vous aide à poser de solides fondations dès le départ.
Pour toute consultation, écrivez-nous à info@monahukuk.com ou appelez le +90 (242) 606 14 32.
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